Archives de catégorie : Médecine Chinoise

Informations sur la médecine traditionnelle chinoise

Thérapie par piqûres d’abeille

Thérapie par piqûres d’abeille

© Chine InformationsLa Rédaction, le 19/08/2013 06:19

La thérapie par piqûres d’abeille 蜂疗 est une médecine qui se base sur le venin de cet insecte, et dont la pratique était déjà observée du temps de l’Antiquité en Chine. En effet, on retrouve des anciens textes chinois remontant à plus de 2000 ans qui y font notamment référence.

Introduction

L’apithérapie, l’utilisation des produits dérivés de l’abeille, qu’ils soient transformés ou non, était une pratique qui se faisait déjà avant même la découverte de l’apiculture. Que ce soit le miel, la propolis, le pollen, la gelée royale, ou encore le venin, tous sont l’objet d’une application pour des buts sur le plan diététique ou thérapeutique. Mais c’est surtout l’utilisation du venin d’abeille dont les origines sont les plus anciennes, car ce venin de cet insecte a le plus de vertus médicinales. Il permet notamment de guérir les affections rhumatismales et arthritiques chroniques, ainsi que les maladies inflammatoires à l’instar des tendinites et des bursites, ou encore la sclérose en plaques.

Origines et vertus

Vers l’an 400 av. J.-C., Hippocrate qui était à l’origine de la médecine moderne, prêtait déjà au venin d’abeille un énorme potentiel autant dans le traitement de l’arthrite que des douleurs au niveau de l’articulation. Il est également utilisé vers le 19ème siècle par le docteur Philippe Terc, qui est  originaire d’Autriche, afin de remédier aux maladies rhumatismales. Il note ainsi aucun problème quand à son usage, après une étude qui s’est étalée sur plus de 25 ans, et consistant à attribuer plus de 39 000 traitements sur environ 500 sujets atteints de rhumatismes.

Mais cette thérapie par piqûres d’abeille, a aussi eu de nombreux adeptes dans le monde, comme Frank Kretchy qui est d’ailleurs à l’origine de la méthode d’injection du venin grâce à une seringue, servant d’alternative à l’utilisation directe de piqûres d’abeilles en 1928. En effet, depuis toujours, la technique de cette thérapie constituait à poser grâce à une pince, des abeilles en vie sur l’épiderme au niveau des zones douloureuses ou encore sur les points d’acupuncture de la personne malade. Mais à partir du moment où l’abeille pique la peau, une partie de son abdomen se détache, ce qui fait qu’elle meurt au bout de quelques heures. La nouvelle technique permet quant à elle non seulement de prélever le venin de l’insecte sans le tuer, mais aussi d’injecter le venin dilué avec une solution, via une seringue.

La fréquence des piqûres qui sont la base de cette thérapie dépend de la maladie à traiter. Ainsi, une tendinite ne nécessite que deux à trois séances de deux à dix piqûres, tandis que pour les maladies plus sérieuses  à l’instar de la sclérose en plaques, on doit subir une thérapie pouvant s’étaler sur une plus longue période, à raison d’environ deux séances de 25 à 30 piqûres chaque semaine. Mais l’apithérapie n’étant pas à proprement parler une médecine officielle, ces prescriptions peuvent varier selon le thérapeute auquel on a affaire.

Bien qu’aucune des nombreuses études scientifiques sur le sujet n’ait encore démontré les vertus thérapeutiques réelles de cette méthode, de nouvelles recherches ont cependant permis de reconnaître quelques-uns des éléments à qui l’on impute ses effets bénéfiques. Il s’agit de quelques agents anti inflammatoires comme l’adolapine, ou encore la mélittine. Ce dernier est un élément très puissant qui favorise la sécrétion par le corps de cortisol, une hormone stéroïdienne servant également d’anti-inflammatoire. Tous s’accordent à dire que ces composés ont des propriétés assez tonifiantes et stimulantes, renforcent le système immunitaire et évacuent les toxines du corps humain. Une observation clinique faite en 2013 a permis de savoir que l’apamine qui est l’un des éléments actifs du venin d’abeille, pourrait permettre de guérir la maladie de Parkinson.

La proportion de personnes qui sont allergiques au venin d’abeille reste en dessous des 2% de la population mondiale, mais elle peut en de rares cas devenir mortelle. Il est donc fortement conseillé de faire des tests d’allergie avant d’entamer une thérapie du genre, et de toujours garder sur soi un auto-injecteur d’épinéphrine.

Les concoctions à base de venin d’abeille se présentent à la vente de nos jours sous diverses formes, que ce soit des crèmes, des lotions, des comprimés, des gouttes ou même des pastilles. Elles sont recommandées pour la guérison de diverses maladies, à l’instar de l’arthrite, les inflammations des tendons et des articulations, ou encore les affections cutanées. Ces préparations sont répandues à travers le monde sous des aspects différents. Aux Etats Unis, on le trouve sous forme d’ampoules, mais les autorités les ont interdites à la commercialisation à partir des années 1960. En Europe, il y a seulement environ une douzaine de produits homéopathiques pouvant servir pour l’apithérapie. En Chine où elle est disponible en pastille, elle sert principalement à soigner les différents troubles arthritiques et respiratoires comme la bronchite ou l’asthme.

Les Chinois ont d’ailleurs créé une nouvelle technique dans les années 1930, qui consiste à joindre la méthode de l’acupuncture et du venin d’abeille, afin de pouvoir soigner divers troubles de la santé, liés à l’épilepsie, l’incontinence, et l’arthrite. Pour ce faire, on doit imprégner l’aiguille de la solution de venin, et en mettre sur le point d’acupuncture avant de le stimuler. Certains spécialistes suggèrent même que cette thérapie permet de calmer des maladies aussi sérieuses que la sclérose en plaques ou encore la maladie de Parkinson. Bien entendu, cela n’a pas encore été confirmé par des études scientifiques, tout comme les autres produits dérivés de l’abeille. Cela n’empêche pas le fait que l’utilisation de ces préparations est ancrée dans la tradition depuis bien longtemps déjà, que ce soit pour des affections cutanées aux troubles pulmonaires, ou encore pour le syndrome prémenstruel et la dépression.

http://www.chine-informations.com/guide/therapie-par-piqures-abeille_4111.html

Soigner les cancers avec la médecine traditionnelle chinoise

Soigner les cancers avec la médecine traditionnelle chinoise

© BEAnthony Nowocien, le 30/09/2009 14:24

Euphorbia fischerianaDes chercheurs de l’Institut de Shanghai de Pharmacopée (Shanghai Institute of Materia Medica) de l’Académie Chinoise des Sciences, ont publié dans le dernier numéro de « Cancer Research » la découverte d’un nouveau traitement du cancer à l’aide de la médecine traditionnelle chinoise.

L’Euphorbia fischeriana est utilisée depuis longtemps en médecine traditionnelle pour le traitement de divers cancers. Plusieurs composés présents dans cette plante médicinale ont des effets anti-tumoraux. Toutefois, les mécanismes de ces composés inhibant la croissance des tumeurs n’ont jusqu’à présent pas été totalement compris.

Le docteur Ying Wang, du groupe de recherche du docteur Yu, a identifié que le 17-hydroxy-jolkinolide B agit en tant qu’inhibiteur des kinases Janus (JAK). Le mécanisme de ce composé est unique. Il lie de manière covalente les kinases Janus en dimères et désactive leur activité. Le jolkinolide agit de manière spécifique sur les kinases Janus et n’affecte pas les autres kinases. Il induit ainsi l’apoptose des cellules tumorales, en particulier les JAK/STAT3. Les kinases de la famille Janus sont des cibles importantes dans la lutte contre le cancer et les médicaments anti-inflammatoires.

Cette découverte apporte de nouvelles directions pour la recherche et le développement de médicaments inhibiteurs de ce type de kinase. Elle permet également de comprendre les mécanismes de la médecine traditionnelle chinoise dans le traitement du cancer.

http://www.chine-informations.com/actualite/soigner-les-cancers-avec-la-medecine-traditionnelle-chinoise_15006.html

Les grands principes de la médecine traditionnelle chinoise

Les grands principes de la médecine traditionnelle chinoise

Acupuncture, phytothérapie, massages… La médecine traditionnelle chinoise (MCT) fait partie de ces médecines dites « douces » qui, pratiquées depuis des milliers d’années, se sont transmises de génération en génération. Fondée sur plusieurs théories, dont celle du yin et du yang, la médecine chinoise promeut un état d’équilibre entre le corps et l’esprit. De plus en plus d’Occidentaux, soucieux de leur bien-être et de leur qualité de vie, se tournent désormais vers ce genre de médecine.

Le corps humain est composé de douze méridiens sur lesquels se trouvent 365 points d’acupuncture. Photo : capture d’écran / YouTube – UnescoFrench

Une « ethnomédecine » vieille de près de 5000 ans

La médecine traditionnelle chinoise (MCT) est issue d’une très longue tradition, dont les premières traces écrites remontent à plusieurs centaines d’années avant notre ère. Cette science médicale, que l’on peut qualifier d’« ethnomédecine » – puisqu’elle est attachée à une culture particulière -, s’est d’abord transmise oralement, puis par documents et recueils. Développée, adaptée, cette médecine ancestrale continue à être pratiquée aujourd’hui sans avoir renié ses fondements théoriques.

La médecine traditionnelle chinoise repose en effet sur des théories fondamentales, souvent complexes et difficilement compréhensibles pour les Occidentaux.

Le yin, le yang, et le qi

Un des grands principes sur lesquels elle repose est celui du yin et du yang : chaque phénomène visible se fonde sur l’équilibre entre ces deux entités opposées et complémentaires. L’alternance entre les deux se fait en cinq phases (aussi appelées « mouvements »), qui correspondent à cinq élements : bois, feu, terre, métal et eau ; chaque individu est un peu de chacun de ses éléments, certains dominant les autres. La médecine traditionnelle chinoise cherche alors à donner les moyens de rétablir l’équilibre et l’harmonie de l’organisme.

Un autre principe de la MCT est le qi (« nergie vitale« ), qui se diffuse à travers l’organisme par 12 méridiens sur lesquels se trouvent des points, qui sont précisément les points d’acupuncture. Le but de la médecine chinoise est de maintenir une bonne circulation du qi, signe de bonne santé. Le qi gong (ou ki kong) par exemple, est la science de la respiration fondée sur la connaissance et la maîtrise de cette énergie vitale.

À chaque patient son traitement

Une des grandes différences entre la médecine occidentale et la médecine traditionnelle chinoise réside dans l’administration d’un traitement au malade. Si le médecin occidental cherche la cause de la maladie pour donner à son patient le traitement unique susceptible de le guérir, le médecin chinois, lui, établit un traitement personnalisé, et emploiera un ensemble de remèdes, susceptibles d’évoluer.

Par ailleurs, la médecine chinoise traditionnelle considère les phénomènes comme étant interrelationnels : la santé d’une personne dépend donc de multiples facteurs, qui sont tous reliés entre eux ; d’où l’importance du dialogue avec le patient, ainsi que de la prise en compte de données extérieures (les saisons, les heures, peuvent faire varier les pathologies, par exemple).

La médecine chinoise en pratique

La MTC repose sur cinq pratiques essentielles : l’acupuncture – la plus connue en Occident – et la moxibustion (combustion d’une herbe qui aide à faire circuler l’énergie vitale), la diététique, le massage traditionnel (tui na), l’exercice physique (le qi gong, ou gymnastique chinoise), et sur une pharmacopée (« l’art de préparer les médicaments », en grec) spécifique, fondée sur l’utilisation de plantes (la phytothérapie), de minéraux et de substances animales à des fins thérapeutiques.

L’acupuncture est sans aucun doute l’élément thérapeutique de la médecine chinoise le plus connu en Occident. Certains services hospitaliers français ont développé des services d’acupuncture : l’implantation de fines aiguilles en divers points du corps à des fins thérapeutiques tend à se propager doucement dans le corps médical, malgré les réticences de certains praticiens qui doutent de l’efficacité de cette pratique.

Mieux vaut prévenir que guérir

Une autre grande différence avec la médecine occidentale réside dans la vision même de la médecine. La médecine chinoise privilégie avant tout le traitement préventif plutôt que curatif. Comme le rappelle le site Medecinechinoise.org, jusqu’à présent, « em>la notion de santé était généralement définie en Occident par l’absence de douleur et de maladie« . Or la médecine traditionnelle chinoise mise avant tout sur la préservation de la santé.

Désormais, « tre en bonne santé n’est plus seulement n’être atteint d’aucune affection ; c’est également se sentir en bonne forme et faire preuve de vitalité, avec une qualité de vie optimale. De plus en plus de personnes demandent aussi à apprendre à ne pas tomber malade« .

En Chine, la MTC représente 40% du marché pharmaceutique

Selon un récent rapport de l’Organisation mondiale de la santé (OMS), « la médecine traditionnelle, principalement l’association de plantes prescrites sous forme de composés, représente environ 40% du marché pharmaceutique [chinois] pour un chiffre d’affaires annuel de 21 milliards de dollars« . En 2011, le gouvernement chinois a investi 1 milliard de dollars dans les travaux de recherche et les projets concernant la médecine traditionnelle.

Le marché de Binh Thay à Hô Chi Minh-Ville (Vietnam) a été fondé en 1930 par un négociant chinois. Ici, un magasin vend des produits de luxe également utilisés en médecine chinoise. © Dalbera / flickr-cc

En Chine et dans d’autres pays asiatiques, la médecine traditionnelle chinoise est particulièrement importante, et jusqu’à 80% de certaines populations asiatiques y ont recours.

La Chine souhaite réviser les standards de la MCT afin de la promouvoir à l’étranger

Mais, ailleurs, elle peine encore à être acceptée, en raison souvent de la commercialisation de produits de mauvaise qualité, et en l’absence de données fiables sur les composants de ces produits. Le rapport rappelle ainsi qu’en mai 2011, « l’Union européenne a interdit la vente des traitements traditionnels chinois à base de plantes qu’elle n’a pas homologués dans le cadre du système qu’elle a prévu à cet effet ».

En janvier 2013, Wang Guoqiang, vice-ministre de la Santé et directeur de l’Administration nationale de la MCT, a déclaré lors d’une réunion de travail sur la MCT qu’il fallait « accélérer l’établissement et la révision des standards de la médecine chinoise traditionnelle afin de la promouvoir à l’étranger ». « L’Association médicale chinoise a mis en place 195 standards pour la MCT », a-t-il précisé.

Une initiative soutenue par plusieurs laboratoires de recherche en Chine, et partagée par le professeur Liu Liang, directeur du Laboratoire d’état de recherche sur la qualité, à Macao : « Nous cherchons principalement à déterminer comment parvenir à des normes permettant une production cohérente, y compris au niveau du processus de fabrication « . Et pour le professeur Yung-Chi Cheng, chercheur en oncologie à l’université de Yale, aux États-Unis : « la médecine traditionnelle chinoise est un trésor pour l’humanité qu’il faudrait partager avec le monde entier ».

 

Médecine chinoise, produit d’exportation

Médecine chinoise, produit d’exportation

LE MONDE SCIENCE ET TECHNO | • Mis à jour le | Par Paul Benkimoun – Bologne (Italie), envoyé spécial

Champs de "codonopsis pilosula", une plante utilisée traditionnellement comme un médicament, dans le comté de Min (province du Gansu), en Chine.

Eprouvée depuis trois millénaires, inscrite dans une approche globale et individualisée du patient, peu onéreuse, la médecine traditionnelle chinoise (MTC) a des atouts pour séduire. Une conférence rassemblant scientifiques chinois et européens s’est tenue à Bologne, jeudi 10 et vendredi 11 mai, afin de fortifier un dialogue entre les deux médecines. Mais le courant qui, en Chine, vise à moderniser la tradition et à s’ouvrir les marchés pharmaceutiques européen et américain doit compter avec une réglementation occidentale et des exigences sur les essais thérapeutiques beaucoup plus strictes.

La MTC repose principalement sur la pharmacopée héritée des élites taoïstes et sur l’acupuncture, fruit du confucianisme. Ce serait cependant une erreur de croire que ce qui est aujourd’hui officiellement désigné sous le terme de MTC aurait voyagé de manière inchangée à travers les millénaires. « La MTC est une création politique datant des années 1950, dans la foulée de la révolution de 1949, n’hésite pas à clamer le professeur Paul Unschuld (faculté de médecine de La Charité, Berlin), qui préside la Société internationale d’histoire de la science, de la technologie et de la médecine d’Asie de l’Est. Elle intègre des aspects choisis de la médecine chinoise historique, mais elle est également influencée par la logique et les concepts de la science moderne. »

En Europe, où les réalités chinoises n’étaient pas bien connues, elle a surtout bénéficié d’une réception favorable à partir des années 1970 dans un contexte d’engouement pour les médecines alternatives.

RECHERCHE DE MÉDICAMENTS INNOVANTS

Adoptée en novembre 2007 sous les auspices de l’Organisation mondiale de la santé, la déclaration de Pékin soulignait l’héritage de la médecine chinoise, mais insistait sur l’apport de la science moderne et sur la nécessité d’accélérer sa modernisation et son internationalisation. En Chine même, à partir de 2007, une campagne avait été lancée pour « dire adieu » à la médecine chinoise historique. La tendance officielle est donc à favoriser la recherche de médicaments innovants en s’appuyant sur les potentialités de la pharmacopée traditionnelle. Reposant sur le concept de l’unité du corps et de l’esprit et sur l’idée que c’est le déséquilibre émotionnel qui nous rend vulnérables aux maladies, la MTC recourt à une classification et à un système de correspondances systématiques selon lesquels le traitement est ensuite déterminé.

« Beaucoup d’herbes médicinales chinoises sont utilisées en Asie du Sud-Est, à Singapour, en Indonésie, mais aussi en Russie ou en Australie, explique le professeur Guo De-an, directeur scientifique de l’Institut de la pharmacopée de Shanghaï et membre de l’Académie chinoise des sciences. Mais l’essentiel du marché mondial du médicament est représenté par les Etats-Unis et l’Europe. »

Pénétrer le marché du médicament vendu sur prescription aux Etats-Unis (40 % du marché mondial) et en Europe (18 %) suppose de passer l’étape des agences chargées de la régulation des produits de santé, tant pour l’efficacité pharmacologique que pour la qualité du produit. Or il existe, côté chinois, des réticences à l’évaluation selon les normes occidentales. Celles-ci, plus strictes, même si elles ne sont pas parfaites, incluent la démonstration de l’efficacité par des études « randomisées et contrôlées », où la part du hasard est réduite au minimum en tirant au sort le traitement reçu et en comparant le groupe des patients recevant le médicament et ceux qui ont pris le placebo (sans action pharmacologique) ou un médicament de référence. « Il n’existe pas encore de bonne méthodologie pour évaluer les effets de la MTC. Il ne suffit pas de mesurer la pression artérielle… La question est de savoir comment faire des études collectives avec une médecine individualisée », souligne le professeur Guo De-an.

ÉTUDE DE L’ENSEMBLE DES MÉTABOLITES

Directeur du laboratoire des produits naturels à l’université de Leiden (Pays-Bas), Robert Verpoorte défend une nouvelle manière d’aborder l’étude de la MTC : « Plutôt qu’une approche réductionniste fondée sur la correspondance « un composé, une cible », qui est le paradigme de la recherche pharmaceutique actuelle, il faudrait adopter une démarche s’appuyant sur les effets produits par une plante médicinale sur les organismes vivants qui résultent de l’activité de ses très nombreux constituants. C’est l’approche de la biologie des systèmes et de la métabolomique, l’étude de l’ensemble des métabolites présents dans la cellule ou l’organisme. »

Le professeur Guo De-an est un chaud partisan de la modernisation de la MTC : « Deux voies s’ouvrent pour les plantes médicinales de la MTC : soit celle d’une autorisation comme produits de phytothérapie traditionnels (utilisés depuis plus de quinze ans) par le biais d’une procédure simplifiée, soit le statut de médicament de phytothérapie à usage humain tel que le définit l’Agence européenne du médicament. » Le gouvernement chinois, explique-t-il, a encouragé les efforts pour faire autoriser, aux Etats-Unis et en Europe, des médicaments issus de la MTC dans le domaine cardiovasculaire, des anticoagulants (antivitamine K) ou des traitements de la ménopause, et pas seulement comme compléments alimentaires. « Pour l’instant, il n’y a pas d’alternative aux critères d’évaluation occidentaux, et nous devons travailler dur pour fournir des données satisfaisant aux critères des Agences américaine et européenne du médicament (FDA et EMA) », poursuit-il.

La modernisation de la MTC se traduit également par certains changements subtils. C’est le cas, par exemple, à propos de la question des effets secondaires. Côté occidental, on ne manque pas de souligner que certaines ambiguïtés (un même nom désignant des plantes différentes), variations dans la composition de préparations ou contaminations diverses (pesticides, métaux lourds, etc.) posent problème non seulement au regard des critères d’autorisation par les autorités sanitaires, mais aussi en termes d’effets indésirables.

« SIGNALEMENT DES EFFETS INDÉSIRABLES »

Jusqu’ici, côté chinois, la tonalité était plutôt à affirmer le credo selon lequel les traitements de la MTC sont parfaitement sûrs. Or, à Bologne, deux orateurs se sont départis de ce discours. Défendant la démarche d’essais cliniques de qualité, Bian Zhao-xiang, directeur de la division clinique à la faculté de médecine chinoise d’Hongkong, a déclaré : « La MTC n’est pas assez sûre, et nous devons améliorer le signalement des effets indésirables. » Membre de l’Académie des sciences médicales chinoises, Ye Zu-guang a indiqué que « les médicaments de la MTC sont en général relativement sûrs, avec une faible toxicité, mais ils ne sont pas les plus sûrs ».

La pharmacopée chinoise est riche de plus de 12 000 espèces, dont plus de 10 000 sont végétales et quelque 1 500 animales. Plus de 600 espèces ont fait l’objet de recherches phytochimiques au cours des cinquante dernières années. Parmi les nouvelles molécules, ce sont une vingtaine d’entités chimiques qui sont arrivées sur le marché et une cinquantaine de principes actifs qui ont été homologués. La Chine compte plus de 1 500 entreprises de MTC et plus de 11 000 compagnies commerciales, et beaucoup d’observateurs pensent qu’un phénomène de concentration ne manquera pas de se produire à l’avenir.

Symbole de cette modernisation, le projet Fu Kai Hong, avec un énorme centre industriel et commercial (240 000 m2, 3,7 milliards d’euros sur cinq ans, 3 000 entreprises, 10 000 emplois), va être implanté à Suzhou, dans la province de Jiangsu.

COOPÉRATION ENTRE CHINOIS ET OCCIDENTAUX

La coopération entre Chinois et Occidentaux se développe. « Plusieurs grands laboratoires pharmaceutiques occidentaux ont investi des fonds dans des projets de coopération industrielle, remarque le professeur Guo De-an. Ces joint-ventures suivent le même modèle qu’en Occident : mettre au point des médicaments innovants. C’est un processus long et onéreux, mais il est possible de reproduire le succès obtenu avec l’artémisinine, devenue le traitement de référence contre le paludisme. » Lors de la rencontre de Bologne, le professeur Laurent Degos a illustré la coopération franco-chinoise par la mise au point d’un traitement de la leucémie aiguë promyélocytaire à base d’acide rétinoïque et d’arsenic.

La réunion de Bologne a donné lieu à une déclaration signée par Romano Prodi, l’ancien président de la Commission européenne et président de la Fondation pour une coopération mondiale, et Xu Jialu, ancien président du Comité permanent du Congrès national du peuple de la République populaire de Chine. Ce texte jette les bases d’un dialogue permanent entre les deux parties.

>> A lire : Les hôpitaux français se piquent d’acupuncture

Paul Benkimoun – Bologne (Italie), envoyé spécial

http://www.lemonde.fr/sciences/article/2012/05/17/medecine-chinoise-produit-d-exportation_1703210_1650684.html